Les réseaux sociaux vecteurs de haine ou exhausteurs du dégoût des autres ?

Les réseaux sociaux vecteurs de haine ?

Il est de plus en plus de bon ton ces derniers temps d’affubler les réseaux sociaux de tous les maux avec une bien étrange, mais souvent commune, contradiction de la pensée : déployer de la violence à l’égard de ces nouveaux médias et leur haters avec autant de force qu’on en perçoit leur violence. Action-réaction, certainement. Mais aussi l’insupportabilité de l’être qui heurte nos convictions, considérées comme si importantes qu’elles sont d’autant plus Likées par nos « amis ». « La vanité d’autrui n’offense notre goût que lorsqu’elle choque notre propre vanité. », disait Friedrich Nietzsche. « Miroir, mon beau miroir, dis-moi que je suis la plus belle » aussi, pour coller aux réseaux sociaux un désuet « miroir de l’âme ».

Friedrich Nietzsche vanité

 

Les intellectuelles, les influenceurs, les personnes de notoriété en sont souvent les cibles, comme les marques. Ils ont bien du mal à accepter d’être à ce point rejeter ou contredit dans leur vision convaincu que leur réussite leur confère un super pouvoir : celui d’exprimer de grandes vérités incontestables puisqu’ils sont tant admirés par leurs fans ou followers. De fait, être une stars et se sentir admirer, aimer par le plus grand nombre, tient du même fonctionnement de l’enfermement souvent induit par les réseaux sociaux : tant de gens qui vous aime serait donc la preuve que vous avez forcément raison. À ce stade, il devient vite insupportable d’être remis en cause, déranger dans la mission de prêcheur de la bonne parole dont on se croit investit.

Autrefois certaines âmes éclairées pensaient (avec un ton un poil vulgaire qui souligne souvent le dédain) « nous sommes tous le con d’un autre ». Ne devrions pas passer à « nous sommes tous le haters d’un autre » ? En répondant avec violence à celui qui vous attaque, vous faîte preuve de qualités similaires. « À con, con et demi ». Mais doit-on tendre la joue droite pour autant ?

Le média n’est pas le coupable.

Mettre en cause les réseaux sociaux parce que quelques haters frustrés se déchaînent, c’est un peu comme vilipender la liberté de la presse sous prétexte que certains journalistes ne confortent pas avec bonne volonté, l’action d’un pouvoir ou d’une communauté qui s’investit du droit de définir le bien. À la clef, il y a bien la liberté de s’exprimer qui est en cause. Les poncifs du moment faisant foi. L’Histoire de la pensée et des sciences est pourtant construite autour de ces évidences absolues remises en cause par le progrès. Ce qui force l’humanité, c’est, justement, ses limites que l’on repousse, cette force que se dégage à se tromper, l’énergie du bonheur de trouver de nouvelles voix. Tous ceux qui ont cru à une vérité absolue ont toujours perdu. Le temps est la constance, pas ce qu’il contient.

Cependant, un média n’est qu’un véhicule que l’on emprunterait quand il nous convient. Aux commandes, il y a des responsabilités qui orientent et décident de ce qui doit être publié ou pas, et comment, quand. Eux aussi, ne peuvent pas échapper à la critique en se parant d’un droit d’expression, grigri agité aux yeux du monde comme une gousse d’ail à la tête d’un vampire. Le droit de dire n’implique pas une sacralisation de la parole. Il n’y a pas de caste d’intouchable. Les responsabilités doivent être assumées.

La civilisation de l’algorithme, serait-elle la dernière ?

On qualifie d’algorithme des équations dessinées dans l’ombre, dont le destin serait celui de nous être utile en nous simplifiant la vie. En clair, on repère vos centres d’intérêt en « dataïsant » vos publications. On en évalue qui vous êtes et l’on vous propose des pubs supposées vous correspondre, répondre à vos attentes. Sur le même schéma, on vous propose des « amis » dont l’algorithme pense qu’ils peuvent vous intéresse.

De ces méchants algorithmes, nous constatons la bien médiocre efficacité quand, par exemple, vous avez fait une recherche pour une paire de chaussures et que, d’un coup, vous êtes inondé de propositions publicitaires pour des chaussures dont vous n’avez rien à faire. Plus fin et vue sur Facebook, vous publiez fièrement une guitare reçu en cadeau… Et hop… Vous recevez des publicités pour des méthodes de guitares. Quasi-magique, certes, mais un peu grossier tout de même.

Pour passer au niveau au-dessus, on nous parle d’IA ou intelligence artificielle. Cette dernière est censée apprendre comment vous fonctionnez pour agir à votre place. Demain, un frigo pourra faire les courses pour vous, grâce à l’analyse de vos habitudes d’achats alimentaires par exemple. Un état pourra prélever un impôt sur la base de vos habitudes de consommation confrontées à vos revenus ; s’il y a des éléments nouveaux qui perturbent cette belle équation imparable, comme un simple changement de vos habitudes, à vous de les justifier pour que l’algorithme s’adapte.

Deux dangers à cela : tout d’abord, un destin n’est pas mesurable. Ce n’est pas parce que l’on aime la viande, même pendant plusieurs années, que l’on n’aurait pas le droit de basculer dans le végétarisme par le simple pouvoir de votre propre décision. Le végétarien n’étant pas non plus condamné dans un absolutisme du tout légume immuable. Ensuite, et c’est peut-être le plus dangereux, c’est cette civilisation de l’entre-soi. Vous êtes racistes. Vous vous entourez de racistes. Donc, personne ne vous contredit, tout le monde vous conforte. Donc, selon vous, le racisme est votre seule et unique réalité. Il devient impossible et intolérable que d’autre pense autrement. Pour vous, la terre est plate, donc celui qui ose suggérer qu’elle pourrait être ronde devrait se retrouver sur le bûcher. La raison n’a plus lieu d’être, laissant place à la confrontation, la loi du plus fort, une civilisation Madmaxienne dans laquelle de petits roitelets n’ont pour vocation que de piller l’autre pour prouver leur puissance.

Les dérives nationalistes sont une expression flagrante du phénomène. Jamais le monde n’a été autant interconnecté, aucun état ne pouvant survivre seul, et pourtant, jamais, peut-être, la tentation de se refermer sur soit-même n’a été aussi grande, au nom de la préservation d’une identité. Pour les réseaux sociaux, même constat : plus les gens sont connectés, plus ils se séparent, s’isolent et rejettent l’autre, s’il n’est pas conforme à sa pensée. Imaginons un monde dans lequel tout le monde voudrait du foie gras. Des personnes trouvent un moyen d’en donner à tous. Et une guerre commence entre ceux qui veulent du foie gras d’oie opposée à ceux qui ne veulent que du foie gras de canard… Les amateurs de foie gras du Sud Ouest attaquent ceux qui en produisent en Alsace (par exemple et/ou inversement)… Les habitués de chocolatine veulent une loi pour stopper pain au chocolat. La différence n’est plus une alternative, un enrichissement, mais un danger. La bien-pensance s’imposant comme un absolu s’appuyant sur le rejet de l’absolu de l’autre.

« Je pense donc je suis » pourrait-il devenir notre pire ennemi ? Détruire la planète, puis l’Humanité, au nom du moi-je déifié par les algorithmes et l’IA ? Du pain béni pour les alarmistes de tout poil, bien emmitouflés désormais sous l’étiquette de collapsologue, mais que l’on aurait tors de railler trop facilement. Toujours ces étranges paradoxes contemporains qui, au moment où l’on parle déjà de probable immortalité pour l’Homme, nous pourrions accélérer la fin de notre temps et nous condamner à une extension certaine.

Comment pourrions-nous nommer cette étrange tendance de l’Humanité qui, quand il pourrait tout avoir, s’arrange pour tout détruire ? Le catastropisme ? L’anthropofacisme ? Homo homini lupus est, l’homolupisme, pour faire écho à l’Homme est un loup pour l’Homme.

Conservons l’espérance comme trame puissante du progrès pour que règne un optimisme salvateur, l’Histoire démontrant aussi que la vie n’est qu’adaptation et que nous trouverons toujours une solution, une porte de sortie.

L’anonymat, est-il une fourbe burka du web ?

Une des solutions souvent avancées seraient la suppression de l’anonymat sur le web. Plus de pseudo, des vrais noms obligatoire et des moyens de savoir exactement et précisément qui s’exprime réellement. La logique : quand on parle en son vrai nom et que l’on est identifiable, on aurait plus tendance à se tenir par crainte des représailles légales notamment.

Sur la même logique de la protection du cacher, la burka a été interdit en France, et certainement a raison compte tenu des risques terroristes actuels.

On opposera plusieurs choses à cette volonté de transparence : la liberté de s’exprimer sous la forme que l’on veut ; le fait que, parmi les haters, nombreux le fond aussi sous leur nom ; et enfin, qu’à l’heure des data, le véritable anonymat est illusoire.

Là encore, doit-on agir sur la forme ou sur le fond ? Ne faudrait-il pas réfléchir à obliger les algorithmes à des « quotas » d’informations non-correspondantes au data de la personne ciblée ? Une obligation d’orienter aussi des propos qui reflètent mieux la variété des opinions et points de vue ? Une IA qui considérerait la possibilité d’erreur, de se tromper comme une alternative qui ouvre le champs des possibles ? Le sujet est complexe et demande des débats ouverts animés par une volonté inclusive, plutôt que de vouloir imposer une vérité plutôt qu’une autre.

Les fausses bonnes idées anti-haters.

Nous le lisons souvent, le conseil premier est de bloquer ces personnes qui vous dérangent. Le risque : conforter la puissance des communautés dans lesquels on s’enferme, au même titre que ces haters que l’on critiquent tant. À ne plus vouloir les voir, on s’isole, on ne se confronte plus. Tout ce qui dérange est exclu, rejeté. Humaniste au départ, on fini fasciste radical. Nationaliste qui détruit son état, sa nation parce qu’il veut en faire l’exemple du bien-fondé de sa vérité. On ne supporte plus un frère, un cousin, un ami de jeunesse… Parce qu’il n’est pas de son clan, jusqu’à le dénoncer, le condamner.

«  Oui, mais que faire ? » Nous ne sommes pas obligé non plus de supporter toutes sortes d’insultes ou de voir défiler des appels à la violence sur votre journal de réseaux sociale. Il est difficile d’avoir à donner un blanc-seing à tous les détracteurs de la terre et autres complotistes malveillants. Il est vrai que, quand on est pris dans les méandres de ces élucubrations, il est impossible de s’en sortir. Quelque soit votre bonne fois, les preuves que vous apportez, elles alimenteront le haters comme de l’essence sur le feu.

Il conviendrait donc d’en revenir à des notions simples : une nation est construite autour et avec l’ensemble de ces différences, comme une famille. Et c’est justement la richesse de ses différences qui en fait la qualité parce qu’elle peut s’adapter à tout. Ces haters, en fait, ont toujours exister. Bien avant les réseaux sociaux. La différence est ,qu’avant, leurs propos ne dépassaient pas un cercle réduit, et que chacun les remettait naturellement à leur place, sans y prêter plus d’attention. Peu valorisé, ce râleur de comptoir ou de fin de repas de famille s’isolait lui-même dans ses élucubrations dont on ne finissait par retenir que l’aspect comique sur le thème « mieux vaut en rire qu’en pleurer ».

Les bons profils font les bons profits.

communiquer c'est s'adapter Pascal Kryl

Les réseaux sociaux sont nés il y a tout au plus une douzaine d’années environ. Nous avons souvent l’impression d’être un peu dépasser, mais rassurons-nous, ils permettent aussi beaucoup de bien. Les marques ou les personnalités par exemple n’ont pas à s’en plaindre d’ailleurs et les utilisent très largement. Quand on s’expose, on prend des risques. Les communicants connaissent bien cela et font tout pour les minimiser, en maximisant les profits attendus dans le même temps, autant qu’ils anticipent sur les dangers en préparant des stratégies de communication de crise.

En communication, nous savons que nous nous adressons potentiellement à des milliers de profils différents. Le principe : il ne sert à rien de vouloir parler à tout le monde au risque de subir les foudres des opposants. Cibler le plus précisément possible et calibrer le message pour qu’ils touchent les bons profils pour les convertir en profits.

Pour communiquer à tous, il faut communiquer à chacun. Et déterminer des priorités, lesquels découlent directement des objectifs. Le rôle du communicant n’est pas d’imposer des convictions, mais de tenir compte des réalités pour parvenir à remplir des objectifs. Les haters sont aussi une part de cette réalité. Protéger sa marque, prévenir, répondre juste si nécessaire sans alimenter la flamme.

Si les réseaux sociaux sont vecteurs de haine, il est bon de la réduire à sa dimension marginale. Attaquer cette haine, c’est lui donner de l’importance et prendre le risque de mobiliser en sa faveur. Utiliser la force de l’attaquant peut être plus utile que de l’affronter.

Photo de couverture pour illustration : fotolia.

 

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